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Une nageuse qui utilise Instabeat.

RENCONTRE

Après des années d’obstacles et de doutes, la jeune femme de 31 ans lance Instabeat dans sa version 2.0.Nour BRAIDY , à Philadelphie | OLJ22/11/2019

Huit ans de recherche et de développement, deux cent cinquante nageurs au Liban, aux États-Unis, en Chine, 60 000 tours de piscine, 80 millions de battements de cœur plus tard : Instabeat, un moniteur de performance en temps réel pour les nageurs, est enfin là dans sa version améliorée, perfectionnée. C’est aussi et surtout, dix ans de labeur et de détermination pour la créatrice d’Instabeat, Hind Hobeika, 31 ans.

En 2009, alors qu’elle n’a que 21 ans et qu’elle faisait des études d’ingénierie mécanique à l’Université américaine de Beyrouth, la jeune femme a eu une idée de génie. Passionnée de natation, elle remarque qu’aucun outil ne lui permet de connaître sa fréquence cardiaque lorsqu’elle nage. Elle crée alors ButterflEye, des lunettes de plongée capables de mesurer la fréquence cardiaque du nageur. ButterflEye deviendra Instabeat, un accessoire ayant la même fonction, mais qui s’attache aux lunettes.

Son idée attire l’attention et… les investissements : cette même année, Hind Hobeika remporte la troisième place de l’émission qatarie Stars of Science et 100 000 dollars. En 2011, elle bénéficie d’un capital d’amorçage de 100 000 dollars de la part de Berytech. L’année suivante, elle décroche le 1er prix du MIT Enterprise Arab Business Plan et remporte 50 000 dollars. En 2013, elle lève un fonds de 75 000 dollars, sur le site de financement participatif Indiegogo. En 2014, Instabeat ouvre son capital à un groupe d’investisseurs comprenant notamment le fonds émirati Wamda Capital et le groupe jordanien Jabbar.

Les livraisons de la première version d’Instabeat débutent fin 2015. La chaîne d’approvisionnement du produit est éclatée sur trois pays différents : les États-Unis, le Mexique et la Chine. Cela coûte cher et n’est pas viable. Alors, très vite, l’entrepreneuse constate qu’il faut « recommencer de zéro », dit-elle.

(Lire aussi : Nada Anid et Hind Hobeika à l’honneur pour la 16e édition de Jamhour Alumni US)

Des hauts et des bas

« J’étais à court d’argent, démotivée et au point de tout arrêter », confie-t-elle à L’Orient-Le Jour. C’est là qu’elle rencontre Alexander Asseily, entrepreneur libanais et fondateur de Jawbone. Il deviendra son partenaire. C’est à ce moment aussi qu’elle bénéficie d’un financement de 4 millions de dollars de Berytech. Hind Hobeika voit cela comme une chance à saisir et l’occasion de faire mieux.

Nous sommes en 2016. Elle s’installe à San Francisco, où se trouve le gros de sa clientèle, et constitue son équipe. « Notre challenge principal était d’avoir un produit qui puisse être monté sur toutes les lunettes de natation et adapté à toutes les formes de visage », explique Hind. Il fallait surtout ne pas porter atteinte au confort du nageur. Or ce confort dépend de plusieurs éléments tels que l’os de la joue ou la taille des lunettes, ajoute-t-elle. La jeune femme embauche alors un spécialiste de l’ergonomie du visage, fait une étude des goggles les plus populaires du marché, puis croise les différentes informations. Résultat : un premier prototype est créé.

Le moment vient alors de tester le prototype en piscine. « Là, nous avons compris que le modèle conçu ne prenait pas en considération le flot de l’eau ni l’effet amortisseur de la peau », explique-t-elle. Elle imprime une dizaine de copies 3D du prototype et le teste en piscine avec des nageurs qui portent des paires de lunettes différentes : ils nagent, accélèrent leur rythme et font des culbutes. Les failles sont relevées, le prototype est modifié, à nouveau imprimé et à nouveau testé par dix autres nageurs jusqu’à ce qu’il soit parfait. En avril 2017, le design est finalisé.

Un an en Chine

Il faut maintenant fabriquer Instabeat. Hind Hobeika obtient l’engagement d’un important fabricant américain. Mais quatre mois plus tard, elle sent qu’elle n’a pas l’attention totale de cet important fabricant, qu’elle ne lui est pas prioritaire. « Alors j’ai contacté une cinquantaine de compagnies américaines, mais je n’ai eu que des refus, confie-t-elle. Le produit est petit, flexible, compliqué à fabriquer et les usines n’étaient pas prêtes à mettre le prix. »

Elle décide alors de tenter sa chance de l’autre côté de l’océan, se rend à Taïwan et en Chine où elle tombe sur une équipe de cinq personnes à la recherche d’un projet. Elle sait qu’elle aura toute leur attention. Alors qu’elle pensait y rester quelques jours, elle finit par y vivre un an. « J’ai trouvé une piscine olympique à quelques pas de l’usine et je me suis mise à tester le produit au quotidien, raconte-t-elle. C’était très difficile de vivre en Chine. Les réseaux sociaux y sont bloqués, je ne connaissais personne et je ne parlais pas la langue. »

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« J’ai eu des doutes »

En avril 2019, Hind Hobeika a enfin sa création entre les mains. Instabeat, 27 grammes, 10 cm de long et 8 mm d’épaisseur, se monte sur n’importe quelle lunette de natation. « Le capteur optique mesure le pouls, à partir de la tempe, et l’algorithme mesure grâce au mouvement de la tête le nombre de longueurs, le temps, le type de nage. Toutes les données sont visualisées sur une application iPhone », explique la jeune femme.

Depuis le lancement d’Instabeat en juillet 2019, « le feedback est incroyable, lance-t-elle. Maintenant que j’y repense, ces dernières années étaient d’une souffrance absolue. Mais mon parcours est tellement unique et riche. J’ai eu des doutes. Mais je n’ai pas jamais oublié que je m’étais lancée dans ce projet parce que je croyais vraiment en notre mission d’aider les gens à nager ».

Aujourd’hui Instabeat peut être acheté en ligne : instabeat.com, à 249 dollars et est livré partout dans le monde.

Pour mémoire 

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